Photo Editions Verdier

Giorgio Caproni est né en 1912 à Livourne ; mort à Rome en 1990. Il appartient à la "troisième génération" poétique italienne, qui regroupe des auteurs nés entre 1911 et 1914 - il y côtoie Mario Luzi, Vittorio Sereni, Attilio Bertolucci et Piero Bigongiari. Au cœur de cette constellation, sa singularité est grande : la source populaire de son art poétique, sa réserve à l'égard de l'hermétisme qui dominait lors de ses débuts, son attachement affectif et symbolique à quelques lieux - Gênes, ville de son enfance et de son adolescence, la côte ligurienne, la haute vallée de la Trébie où il fut partisan lors de la Seconde Guerre mondiale -, définissent une voix de franc-tireur qui, jusqu'au bout, restera pénétrée des accents libertaires de sa Livourne natale.
Ligure, Caproni l'est autant que ses maîtres Ceccardo Roccatagliata Ceccardi, Camillo Sbarbaro ou Eugenio Montale : comme la leur, sa poésie est essentielle, ironique et métaphysique, apparemment solaire, secrètement nocturne. En partie autodidacte, passionné de musique, il publiera son premier recueil, Come un'allegoria (Comme une allégorie) en 1936. Il est alors instituteur dans une école de la vallée de la Trébie, qui lui inspire Ballo a Fontanigorda e altre poesie (Bal à Fontanigorda et autres poèmes), publié en 1938. Son troisième recueil de jeunesse sera, en 1941, Finzioni (Fictions). Mais en 1939, il combat contre la France dans les Alpes-Maritimes, ce qui est pour lui un drame et suscitera la prose Giorni aperti (Jours ouverts), publiée en 1942.
Ce qu'il définira comme le "second livre" de sa poésie correspond au recueil Cronistoria (Historique) paru en 1943 : les sonnets d'anniversaire dédiés à Olga Franzoni, sa fiancée morte, en constituent le plus haut moment. Son "troisième livre", s'éloignant davantage de l'inspiration privée, s'ouvrira sur un espace métaphysique de plus en plus évident : regroupant des poèmes écrits de 1943 à 1955, ce sera Il passaggio d'Enea (Le Passage d'Énée), qui inclut les Stances du funiculaire (Stanze della funicolare), œuvre de grande intensité dans les images et le rythme. Ce sera d'abord, en 1959, le merveilleux tombeau poétique de sa mère, Anna Picchi, Il seme del piangere (La Semence des pleurs), qui retrouve le naturel lyrique du dolce stilnuovo médiéval, puis, en 1965, Congedo del viaggiatore cerimonioso e altre prosopopee (Congé du voyageur cérémonieux et autres prosopopées) où se met en place le cadre poétique de la dernière et surprenante saison de Caproni, celle qui le verra enfin reconnu comme un des plus grands poètes italiens du demi-siècle : interminable congé, ton pré-posthume, ironie désacralisante, hantise du vide et de l'abolition des formes, traque d'un Dieu absent, poésie conçue comme une traque où le chasseur n'étreint que lui-même, son double ou son reflet, dans le perpétuel dérobement de Dieu et le tourment des souvenirs. Il muro della terra (Le Mur de la terre), en 1975, Le Franc-Tireur (Il franco cacciatore) en 1982, Le Comte de Kevenhüller (Il conte di Kevenhüller) en 1986, et enfin le recueil posthume Res amissa en 1991, seront les étapes de ce voyage métaphysique aux confins d'une langue inapte à dire l'altérité absolue, impuissante à délivrer l'homme de sa quête éperdue d'un sens.

L'œuvre en français

Aux éditions Verdier
:
- Le Gel du matin (Il labirinto, Il gelo della mattina), nouvelles, trad. Bernard Simeone, 1985

Chez d'autres éditeurs :
- Le Mur de la terre, cinquante ans de poésie (anthologie), trad. André Frénaud, Philippe Renard et Bernard Simeone, éd. Maurice Nadeau, Paris, 1985 (édition bilingue)
Le Comte de Kevenhüller (Il conte di Kevenhüller), poésie, trad. Philippe Renard et Bernard Simeone, éd.Maurice Nadeau, Paris, 1986 (édition bilingue)
Le Franc-Tireur (Il franco cacciatore), poésie, trad. Philippe Di Meo, Champ Vallon, Seyssel, 1989
Allegretto con brio, poèmes, trad. Philippe Di Meo, Fourbis, Paris, 1990
- Poèmes trad. Philippe Renard et Bernard Simeone in Anthologie bilingue de la poésie italienne, sous la direction de Danielle Boillet, Gallimard " Bibliothèque de la Pléiade ", Paris, 1994

Bibliographie critique en français :
- Philippe Renard, Giorgio Caproni, En deçà du mur, préface - Bernard Simeone, Giorgio Caproni, Voyage au long du mur, préface à Le Mur de la terre, éd. Maurice Nadeau, Paris, 1985
- Philippe Renard et Bernard Simeone, préface à Le Comte de Kevenhüller, éd. Maurice Nadeau, Paris, 1986
- Philippe Di Meo, Vers des lieux non juridictionnels, postface à Le Franc-Tireur, Champ Vallon, Seyssel, 1989
- Philippe Renard, Giorgio Caproni dans Le Nouveau Dictionnaire des Auteurs, Laffont-Bompiani, Paris, 1994
- Philippe Renard, articles sur Le Comte de Kevenhüller, Le Mur de la terre et La Semence des pleurs dans Le Nouveau Dictionnaire des Œuvres, Laffont-Bompiani, Paris, 1994


Sourcesite éditions Verdier
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